"Les nuits blanches" de Fedor Dostoïevski

en spectacle  création du 29 Février au 2 Mars 2008 au Divadlo Théâtre à Marseille 

  Interview parue sur le site de Michel Reyes

 Comédie nocturne. La rencontre puis les rendez-vous volés aux rues de Saint-Pétersbourg, quatre soirées durant, d’un homme et une femme, que leur sensibilité commune rapproche. Deux cœurs solitaires s’ouvrent l’un à l’autre dans cette douceur du soir qui est sans doute le pays des âmes-sœurs… Les nuits blanches ou quand les bons sentiments, puisqu’ils engendrent eux aussi la cruauté, font une merveilleuse littérature… Une parenthèse d’amour que la brume d’un matin refermera, laissant à deux rêveurs tout le loisir de s’aimer désormais en rêve. 
"Les nuits blanches" de Dostoïevski Mise en scène et adaptation: Lionel Mazari. Interprétation: Morgane Plumelle et Lionel Mazari. 


 
« Les nuits blanches » de Dostoïevski, telle que j’ai souhaité les donner à voir, ont pour moteur principal la  solitude et non pas le désir.
  Ce qui motive les protagonistes ce n’est ni le désir de l’autre, ni la douleur de l’abandon, mais le besoin de ne pas être seul. Sans personne avec qui parler, c’est le désespoir qui règne sur le territoire désolé du rêveur. Le risque de devoir rester seul est ici plus grand que l’enjeu d’une vie d’amour à deux, ce qui explique sans doute l’échec probable de cette relation. Si mon intention avait été de monter un spectacle sur le désir et la frustration je ne serai certainement pas aller voir du côté de Dostoïevski, et en tout cas pas de ses « nuits blanches » .
   J' ai voulu donner de cette histoire une lecture extrêmement précise et en adéquation avec le discours des personnages. Un banc, espace de la rencontre ; un lampadaire, lieu d’isolement.  Toute la mise en scène est tendue vers cette volonté de montrer une solitude redoutée, solitude qui au bout du compte oublie  le désir. Naïveté, perfidie et manipulation des protagonistes, pas davantage qu’une éventuelle satire du roman sentimental voulue par l’auteur, ne font ici partie du propos.
  C’est donc une solitude ou plutôt deux cas de solitudes que la mise en scène éclaire : jeu frontal centré sur le visage et les mains des comédiens, scènes symétriques, fièvre et échec d’une parole plus libre que les corps, réactions de l’autre guettées et amplifiées, refus de mettre en évidence par le silence d’hypothétiques non-dits. Ici chacun se montre dans un costume qui fait corps avec lui-même et chacun va tout au plus  «tête nue ». Plus par habitude ou attitude sociale  que par pudeur ou érotisme contenu.
  Dans cette adaptation, qu’il s’agisse de situations ou d’intentions, le mensonge triomphe tout entier dans la sincérité. Les mots sont sans sous-entendus et les attitudes transparentes ; l’autre y est en confiance.
  Les personnages s’autorisent ainsi par moment des extravagances de discours et de comportement générées par des bouffées d’angoisse. Ils semblent crier : « regardez comme je suis au fond, et puis pas seulement… je suis comme cela encore. Alors nous sommes pareils ! Nous pouvons nous comprendre… »
  La rencontre de deux sensualités, peut-être parce qu’elle introduirait entre eux une différence trop anecdotique, est  absente de la préoccupation des personnages et du spectacle ; et leur fièvre témoigne uniquement de la peur que cette solitude qui est leur quotidien puisse le rester.

 

 
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