"Journal d'un veau" de Jean-Louis Giovannoni

En 1996, paraît ce premier roman intérieur de Jean-Louis Giovannoni, un des poètes les plus considérables de sa génération dont le recueil " garder le mort " paru en 74 fut la révélation d'une voix puissante et exigeante . Ici , le témoignage direct d'un veau doué de langage et obsédé de blancheur, nous met face au miroir non déformant de l'imagination. Ce que nous avons sous les yeux alors c'est notre humanité à l'état brut. Notre folie blanche noire, intus et in cute, qui est un inquiétant désir de sagesse. Aveugle jusqu'au mirage et sourd au point d'entendre des voix et des musiques, seul et veule et seul encore, le veau envisage, orchestre et répète dans l'obscurité la transsubstantiation qui conduira sa viande de la chair à l'hostie. Et comme ses pensées sont des pensées de victime, et comme ses velléités de révoltes, ses nostalgies touchantes et ses fanfaronnades purificatrices jettent une lueur sombre sur son odieuse et pathétique faiblesse, sur sa peur dangereuse, on se dit qu'on a forcément été lui avant d'être, contre lui, un de ces corps taurides qu'il abhorre

Jean-Louis Giovannoni dégage ici les processus complexes et insidieux de la soumission avec une telle virtuosité que lecteur comme auteur, spectateur comme acteur, nous nous retrouvons une fois de plus à nous partager le mauvais côté du stylo, de la page, du miroir, de la scène et de la gamelle, à nous repaître sur nos concessions d'esclaves et à les ruminer dans notre élevage modèle. Une œuvre animale, étrange, hallucinée que l'esprit de la satire et une conscience d'être fulgurante éclairent. Dans l'adaptation que nous proposons, un ange -projection vorace du veau lui-même et de bien d'autres bêtes- passant de gardienne en maîtresse bov-aryenne, de vierge en sainte, d'infirmière en fermière, vient donner la réplique à son soliloque, le tenter et l'éprouver à travers les claires-voies de sa stalle, enfin guider trépignements, chutes et pas perdus sur le sol sacrificiel de son cailleboutis. Une œuvre et une proposition qu'il serait malvenu de qualifier de salutaires. 

 

   

 Adaptation et mise en scène par Lionel Mazari en 2002 au Théâtre Off à Marseille

Pour accueillir ou programmer cette lecture-spectacle: 06.25.24.68.90

 
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