L'ironie légère de ceux qui ont accès aux merveilles matérielles du monde et cet ennui doux amer qui l'accompagne seraient tout à fait charmants s'ils n'étaient  rendus possibles seulement par le sacrifice, la manipulation et  l'asservissement du plus grand nombre, disait en son temps la romancière George Eliot dans "Le moulin sur la Floss".  
   Cette méthode d'élimination qu'on nomme épisodiquement  "la crise", va nous démontrer la persistance de ce système d'exploitation et d'aveuglement masqué depuis quelques décennies par un accès facilité de la masse d'ici aux biens ridicules, aux loisirs minables et aux miettes plébiscitées de quelques avancées technologiques.
   Cette nouvelle méthode qu'on appelle donc la crise, va aller plus loin que les précédentes qui avaient déjà fait exploser le frein humaniste à cette volonté de l'ironie légère et de l'ennui doux amer de transformer la terre en un paradis privé, en favorisant les conditions et l'ampleur de la destruction.

  Elle va aller demain plus loin parce qu'aujourd'hui l'économie mondiale l'y autorise; en effet grâce à la mécanisation, aux progrès scientifiques et médicaux, la capacité à produire l'aisance et l'ironie légère ne nécessite plus autant de main d'oeuvre humaine. Et comme par ailleurs la terre vivante n'est pas de taille à fournir les ressources propres à alimenter l'ironie légère et l'ennui doux amer de six milliards d'individus désespérément heureux...
Le processus d'édénisation de la bonne société dont les membres ne rêvent  que de se retrouver entre eux affranchis du danger permanent que représentent leurs esclaves, va donc se précipiter par une sélection létale de grande magnitude. La guerre incivile de l"ironie légère et de l'ennui doux amer qui l'accompagne est en marche.

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