Lionel Mazari
J'ai eu peur que le ciel s'écroule
alors j'ai construit ma maison
mais j'ai eu peur que la vie s'y écoule
j'ai fini par avoir raison
je vis à présent dans une cage
accrochée aux nuages lourds
une chaise se tient assise
au chevet de mon lit qui s'endort
familière comme un animal
domestiquée par mon ennui
la solitude mène le bal
dans la cellule de mes envies
Mais j'ai la photo de jeunesse
dont je me sers comme miroir
je la traîne au bout d'une laisse
quand je veux aller me faire voir
mon ombre se tient debout
mon corps déteint sur le sol
mes caresses n'ont fait que peler
ces corps que je croyais aimer
mais j'ai rendez-vous avec celle
qui remplit les verres la mémoire
mais elle est vide elle a laissé
mes souvenirs en pourboire
Mes souvenirs vieillissent mal
dans ma cave étroite de coeur
à force de rêver ma vie
je vis à présent dans le noir
à l'horloge il fait bien trop froid
et le jour se lève en retard
j'irai bientôt allumer
des feux sur le chemin des morts
en attendant j'ai attaché
des chiens de garde à mes poubelles
afin que nul ne vienne un jour
fonder de l'espoir sur mes ruines
Et je danse seul parmi elles
ces danses auxquelles les fous jadis
amoureux invitaient leur ombre
je n'ai plus d'ombre à charmer
Texte paru dans le recueil de Lionel Mazari: L'impossible séjour
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