Nos souvenirs s'amusent ensemble loin de nous

et continuent à rajeunir près des fontaines;

qu'ils y jettent une perle de rosée votive ou un caillou

et l'eau se charge aussitôt de leurs rides.

 

S'ils apportent avec eux dans nos demeures

un peu de la tristesse boudeuse des enfants,

c'est qu'on leur fait quitter leurs jeux, leurs camarades

pour les installer mains propres aux tables vides.

 

N'écoutons pas ce fol ennui qui les dénonce;

nos larmes les marqueraient de tavelures;

et laissons les courir à leur naissance;

ramenons leur toujours de nouveaux compagnons.

 

Ne les appelons pas la nuit, allons à eux,

s'il faut les voir, si on n'a rien de mieux à faire;

et comme ils n'ont jamais eu de mémoire,

on les verra sourire à cet inconnu qui passe.

 

Et s'il danse avec leurs ombres enjôleuses,

peut-être le prendront-ils pour un des leurs;

les souvenirs s'amusent ensemble loin de nous

et continuent à rajeunir près des fontaines.


Texte de Lionel Mazari paru dans le recueil L'impossible séjour
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