Lionel Mazari
flottait au soleil des regards sans vie
L'inconnue fêtait sa dernière nuit
au comptoir contant l'aventure qui fait
s'endormir debout celui qui refait
plusieurs fois par jour le tour de sa vie
La terre gisait sous les tables vides
l'entre-chien-et-loup dormait à l'envers
à mes pieds le soir recherchait son père
un astre mouillé tremblait sous ses rides
La muse aux pieds nus agitait ses fleurs
un pauvre diable boitait un peu faux
rachetant des âmes à qui en a trop
et fait commerce de son bon cœur
La salle s'emplit de bruits faméliques
vous laissant muet quand la guerre des nerfs
change votre gueule en champ de misère
cheveux en bataille et drapeau livide
La fille avait l'air d'avoir pas de cœur
et d'en voler un le soir au chagrin
pour durer encore au petit matin
et moi j'avais l'air d'avoir pas de cœur
Texte publié dans le recueil L'impossible séjour de Lionel Mazari aux éditions Poèmes et voix
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