Je buvais tout seul au bar des amis
un verre d'eau salée des larmes et la mer
 
un glaçon de sang jailli de mes nerfs

flottait au soleil des regards sans vie

 

L'inconnue fêtait sa dernière nuit

au comptoir contant l'aventure qui fait

s'endormir debout celui qui refait

plusieurs fois par jour le tour de sa vie

 

La terre gisait sous les tables vides

l'entre-chien-et-loup dormait à l'envers

à mes pieds le soir recherchait son père

un astre mouillé tremblait sous ses rides

 

La muse aux pieds nus agitait ses fleurs

un pauvre diable boitait un peu faux

rachetant des âmes à qui en a trop

et fait commerce de son bon cœur

 

La salle s'emplit de bruits faméliques

vous laissant muet quand la guerre des nerfs

change votre gueule en champ de misère

cheveux en bataille et drapeau livide

 

La fille avait l'air d'avoir pas de cœur

et d'en voler un le soir au chagrin

pour durer encore au petit matin

et moi j'avais l'air d'avoir pas de cœur

 


Texte publié dans le recueil L'impossible séjour de Lionel Mazari aux éditions Poèmes et voix 



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